Deux charges ponctuelles immobiles exercent l'une sur l'autre une force qui varie comme l'inverse du carré de leur distance : c'est la loi de Coulomb. Ce chapitre en tire le champ et le potentiel électrostatiques, montre comment les ajouter pour plusieurs charges par le principe de superposition, calcule l'énergie d'un système de charges, et termine par le dipôle, deux charges opposées vues de loin.
Charge électrique. Grandeur algébrique mesurée en coulombs, conservée dans un système isolé et quantifiée : toute charge observée est un multiple entier de la charge élémentaire e≈1,602×10−19C. Une charge dont les dimensions sont petites devant les distances étudiées est dite ponctuelle.
Loi de Coulomb. Deux charges ponctuelles q1 en M1 et q2 en M2, immobiles dans le vide : F1→2=4πε0r2q1q2u12, avec r=M1M2 et u12 unitaire de M1 vers M2 ; 4πε01≈9,0×109N⋅m2⋅C−2. La force est répulsive si les charges sont de même signe, et F2→1=−F1→2.
Champ électrostatique. Une charge q placée en M subit F=qE(M), le champ E s'exprimant en V⋅m−1. Une charge ponctuelle Q en O crée E(M)=4πε0r2Qur, avec r=OM. Principe de superposition : le champ de plusieurs charges est la somme vectorielle des champs que chacune créerait seule.
Potentiel électrostatique.E=−gradV : la circulation de E de A à B vaut V(A)−V(B) et ne dépend pas du chemin. Pour une charge ponctuelle, V(M)=4πε0rQ en choisissant V nul à l'infini ; pour plusieurs charges, on ajoute ces potentiels, ce qui est une somme de nombres et non de vecteurs.
Lignes de champ et équipotentielles. Une ligne de champ est tangente à E en chacun de ses points et orientée dans son sens ; elle part d'une charge positive ou de l'infini, et aboutit à une charge négative ou à l'infini. Elle coupe à angle droit les surfaces équipotentielles V=cte, dans le sens des potentiels décroissants.
Énergie potentielle. Une charge q placée en M a l'énergie potentielle Ep=qV(M), et la force électrique fournit le travail WA→B=q(V(A)−V(B)). Deux charges ponctuelles ont l'énergie d'interaction 4πε0r12q1q2 : c'est le travail qu'un opérateur doit fournir pour les amener de l'infini à la distance r12. Pour N charges, on ajoute les énergies de toutes les paires.
Dipôle électrostatique. Une charge −q en N et une charge +q en P, de moment dipolaire p=qNP, en C⋅m. À une distance r grande devant NP, V=4πε0r2pcosθ, où θ est l'angle entre p et OM : le potentiel décroît en r21 et le champ en r31.
Ce qui est attendu à l'examen
Calculer la force exercée sur une charge par plusieurs autres : chaque force par la loi de Coulomb, projetée sur des axes, puis la somme vectorielle.
Utiliser les symétries d'une configuration de charges pour prévoir la direction du champ en un point, avant tout calcul.
Calculer le champ et le potentiel créés en un point par quelques charges ponctuelles, et trouver les points où le champ s'annule.
Passer du potentiel au champ par E=−gradV, et du champ au potentiel par la circulation.
Calculer le travail de la force électrique sur une charge qui se déplace, et l'énergie d'interaction d'un système de charges.
Établir le potentiel et le champ d'un dipôle à grande distance par un développement limité, et tracer l'allure de ses lignes de champ et de ses équipotentielles.
L'erreur classique
Croire que le champ est nul là où le potentiel est nul
Une charge +q en A et une charge −q en B sont à la distance 2a l'une de l'autre ; en leur milieu O, les potentiels se compensent :
V(O)=4πε0aq−4πε0aq=0.
On en conclut parfois que le champ est nul en O. C'est faux : la charge +q y crée un champ dirigé de A vers B, et la charge −q un champ dirigé vers B, lui aussi. Les deux s'ajoutent, et avec uAB unitaire de A vers B :
E(O)=4πε0a22quAB.
Le champ ne dépend pas de la valeur du potentiel en un point, mais de la façon dont il varie autour : E=−gradV. Le long de AB, V passe de valeurs positives près de A à des valeurs négatives près de B : il décroît en O, où son gradient n'est pas nul.
L'inverse existe aussi : au milieu de deux charges égales à +q, le champ est nul, mais le potentiel vaut 4πε0a2q.
Exemples corrigés
Exemple 1 — Force, champ et énergie au sommet d'un triangle
Deux charges q1=q2=2,0μC sont placées en A(−3cm,0) et B(3cm,0). Une charge q3=1,0μC est en C(0,4cm). Calculer la force subie par q3, le champ en C, puis le travail à fournir pour amener q3 de l'infini jusqu'en C. On prend 4πε01=9,0×109SI.
Corrigé
Symétrie. Le plan médiateur de [AB] est un plan de symétrie des charges q1 et q2 : en C, qui lui appartient, la force est portée par uy. Le calcul le confirme.
Force.AC=BC=5cm, et chaque charge exerce sur q3 une force répulsive de norme
dirigée selon ACAC=(0,6;0,8) pour l'une et BCBC=(−0,6;0,8) pour l'autre. Les composantes selon ux se compensent, celles selon uy s'ajoutent : F=2×7,2×0,8uy≈11,5uy, en newtons. Ajouter les normes donnerait 14,4N, à tort.
Champ.E(C)=q3F≈1,15×107uy, en V⋅m−1.
Travail.V(C)=2×0,059,0×109×2,0×10−6=7,2×105V. L'opérateur fournit q3V(C)=0,72J, l'énergie potentielle de q3 en C, le potentiel étant nul à l'infini.
Exemple 2 — Le point où le champ s'annule
Une charge q>0 est en A et une charge 4q en B, avec AB=d=30cm. En quel point le champ électrostatique est-il nul ? Que vaut le potentiel en ce point ?
Corrigé
Où chercher. Hors de la droite (AB), les deux champs ne sont pas colinéaires et ne peuvent pas se compenser. Sur la droite, hors du segment [AB], ils ont le même sens, puisque les charges sont de même signe. Le point cherché est donc sur le segment, à une distance x de A, où les deux champs sont de sens opposés.
Égalité des normes.
4πε0x2q=4πε0(d−x)24q⟹d−x=2x⟹x=3d=10cm,
en gardant la racine positive, puisque 0<x<d. Le point est du côté de la charge q, la plus petite des deux, ce qui est cohérent.
Potentiel.V=4πε01(d/3q+2d/34q)=4πε0d9q, qui n'est pas nul : un champ nul dit que V est stationnaire en ce point, pas que V s'y annule.
Exemple 3 — Le potentiel et le champ d'un dipôle vu de loin
Une charge −q est en N et une charge +q en P, avec NP=d. On prend l'origine O au milieu de [NP] et l'axe Oz selon NP ; un point M est repéré par ses coordonnées sphériques (r,θ), avec r≫d. Établir le potentiel en M au premier ordre en rd, puis le champ.
Corrigé
Potentiel. Par superposition, V(M)=4πε0q(PM1−NM1). Comme PM=OM−2duz, on a PM2=r2−rdcosθ+4d2, et au premier ordre
PM1≈r1(1+2rdcosθ),NM1≈r1(1−2rdcosθ).
Donc V(M)≈4πε0r2qdcosθ=4πε0r2pcosθ, avec p=qd.
Champ. Le gradient en sphériques donne Er=−∂r∂V=4πε0r32pcosθ et Eθ=−r1∂θ∂V=4πε0r3psinθ, avec Eφ=0.
Contrôle sur l'axe (θ=0). Le calcul exact donne E=4πε0q((r−d/2)21−(r+d/2)21)=4πε0q(r2−d2/4)22rd, qui tend bien vers 4πε0r32p quand d≪r.
Andek chi soual ?
Questions fréquentes sur ce chapitre
Pourquoi calculer le potentiel plutôt que le champ ?
Le potentiel est un nombre : celui de plusieurs charges est une simple somme, alors que leurs champs sont des vecteurs qu'il faut projeter avant de les ajouter. Une fois le potentiel connu, le champ s'en déduit par le gradient. Le potentiel donne aussi directement l'énergie potentielle d'une charge et le travail de la force électrique.
Le potentiel électrostatique est-il défini de façon unique ?
Non, il est défini à une constante près : seules les différences de potentiel ont un sens physique, et le champ, qui en est le gradient, ne dépend pas de cette constante. Pour un nombre fini de charges ponctuelles, on choisit en général le potentiel nul à l'infini ; celui d'une charge seule est alors inversement proportionnel à la distance.
Qu'est-ce qu'un dipôle électrostatique ?
C'est un ensemble de deux charges opposées, -q et +q, séparées par une petite distance d, décrit par son moment dipolaire, de norme qd, dirigé de la charge négative vers la charge positive. Vu de loin, son potentiel décroît comme l'inverse du carré de la distance et son champ comme l'inverse du cube, plus vite que pour une charge seule. Une molécule polaire, comme celle de l'eau, se modélise ainsi.
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